Chaque année en France, près de 50 000 personnes sont victimes d'un arrêt cardiaque extra-hospitalier, soit environ un toutes les dix minutes. Le taux de survie reste faible, autour de 5%, très en deçà des pays qui ont massivement formé leur population et équipé leurs espaces publics en défibrillateurs .
Deux données structurent particulièrement ce sujet. D'une part, la grande majorité des arrêts cardiaques surviennent à domicile, et non dans un lieu public équipé.
D'autre part, et c'est sans doute l'élément le plus décisif, tout se joue sur le temps. Dès l'arrêt du cœur, chaque minute écoulée sans défibrillation fait perdre environ 10 % de chances de survie. Passé quelques minutes seulement, les lésions cérébrales deviennent irréversibles et la défibrillation perd l'essentiel de son efficacité. À l'inverse, lorsque les gestes de la chaîne de survie sont enclenchés sans délai, une défibrillation réalisée en moins de cinq minutes peut sauver plus d'une victime sur deux, et le taux de survie peut alors atteindre près de 35 %. Face à un arrêt cardiaque, le pronostic vital ne se joue donc pas en heures, ni même en dizaines de minutes, mais bien en minutes, parfois en secondes.
Or les délais d'intervention des secours, notamment sur des territoires étendus ou à la circulation dense, dépassent souvent ce seuil critique. C'est précisément l'écart entre le temps disponible et le temps nécessaire que le projet AIRDEF cherche à réduire.
Une zone de plus de 400 000 habitants concernée
Porté par le CHU de Rouen et le SAMU 76, avec le soutien de la Région Normandie, le projet AIRDEF entre dans sa deuxième phase. Après une première année d'activation depuis Forges-les-Eaux, le point de décollage est désormais installé sur le site hospitalier de Bois-Guillaume, au cœur de l'agglomération rouennaise.
Depuis cette base, le drone couvre un rayon de 7,5 kilomètres, soit plus de trente communes allant de Saint-Étienne-du-Rouvray jusqu'à Quincampoix. En cumulant la population de ces communes, ce sont plus de 400 000 habitants qui se trouvent dans le périmètre d'intervention.
Rapportée à l'incidence nationale des arrêts cardiaques extra-hospitaliers, mesurée à 61,5 pour 100 000 habitants par le registre RéAC, cette zone représente à elle seule un ordre de grandeur d'environ 250 arrêts cardiaques par an. Autant de situations où le gain de quelques minutes peut faire la différence. 
Un déclenchement intégré à la chaîne de secours existante
Le fonctionnement d'AIRDEF s'appuie sur l'organisation actuelle du secours, sans la modifier. Le témoin d'un malaise cardiaque appelle le 15. L'appel est pris en charge par un assistant de régulation médicale. Dès qu'un arrêt cardiaque est identifié, le régulateur engage simultanément une équipe de secours et déclenche le drone.
L'appareil décolle en moins d’une minute. Il rejoint le lieu de l'accident en volant à plus de 80 mètres d'altitude, à une vitesse pouvant atteindre 65 km/h, ce qui lui permet de s'affranchir des contraintes de circulation au sol. Pendant ce temps, le témoin n'est jamais seul : l'assistant de régulation le guide par téléphone pour réaliser un massage cardiaque, premier maillon indispensable de la chaîne de survie.
Le défibrillateur est acheminé au plus près du témoin, afin de lui donner les moyens d'agir dans le délai le plus court possible. Chaque vol est supervisé par un télépilote professionnel en lien avec le SAMU 76. Les vols sont ponctuels, uniquement déclenchés par la régulation médicale, et conçus pour ne présenter aucun risque pour la population survolée ni pour la circulation aérienne locale.
Des expertises complémentaires au service du projet
La technologie repose sur Everdrone, société suédoise spécialisée dans les systèmes de drones autonomes dédiés à la réponse d'urgence médicale. Basée à Göteborg, elle conçoit l'appareil et opère ce type de service, qu'elle a été la première à mettre en œuvre pour venir en aide à une victime d'arrêt cardiaque, en Suède, en 2021. Son système est pensé comme un complément aux moyens de secours, et non comme un substitut.
Aux côtés du CHU de Rouen et du SAMU 76, Delivrone assure quant à elle l'organisation d'ensemble du projet sur le territoire : elle coordonne la liaison entre la solution d'Everdrone et la régulation du SAMU, et accompagne l'intégration du dispositif dans l'organisation des secours. Cette complémentarité entre expertise technologique, coordination territoriale et pilotage médical conditionne la fiabilité de l'ensemble.
Une technologie au service de la chaîne de survie
Il ne s'agit pas de remplacer les secours, mais de renforcer un maillon aujourd'hui trop souvent défaillant : l'accès à un défibrillateur dans les toutes premières minutes, y compris au domicile, là où survient la majorité des arrêts cardiaques. Dans le cadre d'une urgence vitale, cette avance de quelques minutes peut contribuer directement aux chances de survie.
Le démarrage des opérations a débuté le 8 juillet 2026. Le projet illustre la manière dont la logistique par drone peut s'intégrer concrètement dans une organisation de soins, en complément des dispositifs existants et au service direct du patient. Nous sommes convaincus que, dans ces situations où tout se joue sur quelques minutes, le drone peut contribuer à sauver des vies. Non pas en se substituant aux équipes de secours, qui restent les seules à assurer la prise en charge, mais en donnant à ces équipes, au témoin et au patient un temps précieux.
Sources :
- Fédération Française de Cardiologie, L'arrêt cardiaque, un bilan alarmant : https://www.fedecardio.org/je-m-informe/l-arret-cardiaque-un-bilan-alarmant/
- Registre électronique des Arrêts Cardiaques (RéAC) : https://registreac.org/
- INSEE, Comparateur de territoires (Métropole Rouen Normandie) : https://www.insee.fr/fr/statistiques/1405599?geo=EPCI-200023414
- Métropole Rouen Normandie, Les 71 communes : https://www.metropole-rouen-normandie.fr/une-administration-de-proximite/les-71-communes