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Stocks et transport inter-sites : le coût caché d'un médicament qui n'arrive pas à temps

5 mai 2026 par
Stocks et transport inter-sites : le coût caché d'un médicament qui n'arrive pas à temps
Delivrone, Mathilde Van-Duffel

Entre ruptures d’approvisionnement, péremptions de traitements coûteux et aléas du transport entre établissements, le circuit du médicament à l’hôpital génère des pertes que personne ne mesure vraiment. L’exemple de la chimiothérapie injectable illustre, mieux que tout autre, l’enjeu d’une logistique pharmaceutique repensée.


La pharmacie hospitalière sous pression 

La pharmacie à usage intérieur est bien plus qu’un lieu de stockage. Elle valide les prescriptions, sécurise le circuit du médicament, prépare les traitements et pilote les approvisionnements stratégiques. Mais le contexte dans lequel elle opère n’a jamais été aussi contraint.

Les tensions d’approvisionnement d’abord. L’ANSM a enregistré 4 925 déclarations de ruptures ou risques de rupture en 2023, contre 2 160 en 2021. Au 31 décembre 2024, environ 400 présentations de médicaments d’intérêt thérapeutique majeur étaient toujours en rupture. Toutes les classes thérapeutiques sont touchées, y compris les anticancéreux.

Le gaspillage ensuite. La Cour des comptes a évalué en septembre 2025 le coût du gaspillage médicamenteux en France entre 561 millions et 1,7 milliard d’euros par an. À l’hôpital, l’enquête menée par le C2DS et le RésOMéDIT auprès de 210 établissements a révélé que 252 246 unités de dispensation ont été éliminées en une seule semaine, pour une valeur de 700 000 euros. Le premier motif d’élimination, constant quelle que soit la lecture : la péremption.

La pression budgétaire enfin. En 2025, 56 % des établissements publics de santé sont déficitaires. Les produits de santé représentent 60 % des budgets achat hospitaliers. Dans ce contexte, chaque perte évitable pèse. Et pourtant, seuls 61 % des établissements déclarent disposer d’indicateurs fiables sur les médicaments périmés dans leurs stocks.


700 000 € de médicaments éliminés en une semaine dans 210 établissements. 
Premier motif : la péremption.

C2DS / RésOMéDIT, 2025 


Quand la logistique donne le change : exemple de la chimiothérapie 

La chimiothérapie injectable est sans doute le cas d’usage qui illustre le mieux la criticité du transport inter-sites dans le circuit du médicament. 

Chaque poche est une préparation nominative, fabriquée pour un patient donné, selon un protocole validé par l’oncologue et libéré par le pharmacien. Sa stabilité après reconstitution est limitée dans le temps parfois quelques heures seulement. 

Elle doit être transportée sous chaîne du froid, dans des contenants prévus à cet effet et tracées.
En amont, le « ok chimio » n’est confirmé qu’après vérification du bilan du patient le jour même. Toute la chaîne prescription, préparation, transport, administration se joue dans une fenêtre de temps extrêmement réduite, et mobilise simultanément l’oncologue, le pharmacien, le préparateur, le coursier et l’équipe soignante. 

C’est précisément là que la logistique entre en jeu. Lorsque l’unité centralisée de préparation se situe sur l’établissement support du GHT et que le patient est pris en charge sur un site périphérique, le transport inter-sites devient le maillon critique. Un retard de coursier, un aléa routier, et c’est la séance qui est reportée avec toute la cascade que cela implique : désorganisation du planning de l’hôpital de jour, stress pour le patient qui s’est préparé physiquement et psychologiquement, mobilisation inutile de l’équipe soignante. Et dans le pire des cas, une poche qui dépasse sa durée de stabilité et doit être détruite. 

Pour un anticancéreux dont le coût unitaire atteint plusieurs milliers d’euros, chaque poche perdue est une perte directe, mesurable, évitable

L’enquête C2DS l’a confirmé : les antinéoplasiques figurent parmi les médicaments dont la péremption a l’impact financier le plus élevé à l’hôpital. Fiabiliser et accélérer le transport de ces préparations entre sites, c’est réduire les destructionssécuriser le parcours du patient en oncologie et permettre aux équipes pharmaceutiques de se concentrer sur leur cœur de métier plutôt que sur la gestion des aléas logistiques. 


Poser le diagnostic pour agir 

La feuille de route nationale DGOS-ANAP pour la performance achat et logistique hospitalière, publiée en mai 2025, inscrit parmi ses priorités la sécurisation des approvisionnements et l’innovation des solutions logistiques liées aux produits de santé. 
Le signal est clair : l’enjeu n’est plus uniquement de centraliser, mais de fluidifier.

Pour chaque établissement, la première étape est simple : mesurer. Combien coûte réellement une rotation logistique inter-sites ? Quel volume de traitements coûteux périme chaque année faute de redistribution ? Combien de séances de chimiothérapie ont été reportées pour des raisons logistiques et non médicales ? Ces questions ouvrent la voie à des transformations concrètes, établissement par établissement


Sources 

  • Cour des comptes – Le bon usage des produits de santé, septembre 2025 
  • C2DS / RésOMéDIT – Médicaments à l’hôpital : pourquoi et combien on jette ?, 2024-2025 
  • DREES, Études et Résultats n° 1335, mars 2025 – Tensions et ruptures de stock de médicaments 
  • ANSM – Déclarations de ruptures de stock, données 2021-2024 
  • DGOS / ANAP – Feuille de route nationale performance achat et logistique hospitalière, mai 2025 
  • Fondation IFRAP – ONDAM 2026, avril 2026 (56 % d’établissements déficitaires en 2025) 
  • ARS Île-de-France – Guide de mise en place d’une coopération entre PUI pour la préparation des anticancéreux stériles, 2018 
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